La patience
J’ai jamais vraiment été patiente. Je prends sur moi, je laisse les choses se faire quand il le faut même en enchainant les galères, je suis sincèrement optimiste pour des raisons que j’ignore mais ça veut pas dire que ça ne me fout pas en agonie. Vous voyez les couilles de mammouth le truc énorme de toutes les couleurs qu’il fallait lécher pour obtenir un chewing gum à la fin? Quand j’étais gamine je voulais seulement le chewing gum et je pensais que c’était le but final du bonbon. Je comprenais pas que le principe c’était justement que ça dure mille ans. Que le chewing gum c’était un bonus. Bref moi du coup je les explosais au marteau. J’ai été impulsive, excédée, impatiente pendant longtemps. Moins, maintenant. Maintenant je romantise un peu, je m’oblige à vivre doucement et à apprivoiser les tempêtes et les incendies de mon coeur. Parce que même quand je suis tranquille, sous contrôle, raisonnable, j’ai toujours un peu l’impression qu’un coup de vent va venir foutre en l’air tous mes efforts. Je pratique la patience comme un art, un muscle. Née pour être impulsive, forcée d’être patiente. Je fais des puzzles, des activités manuelles qui me forcent à me concentrer et qui prennent du temps. Je me mets à apprécier ces saisons qui forcent à prendre du recul et à ne pas toujours foncer. J’ai emménagé dans l’appart que je loue actuellement il y a deux mois, et il y encore plein de cartons. Tout est encore un peu vide et tout prend du temps parce que je veux que cet appartement soit complètement moi. Ni un mix de meubles pas chers achetés en panique, ni une copie conforme d’un post instagram. Juste moi. Un mix de mamie sorcière bienveillante, de groovy chick et de rock star à la retraite. Je le prends comme une incarnation physique du temps que ça prend de changer de vie et d’avoir un nouveau rythme.
J’attendais quelque chose je crois et puis plus vraiment. Je suis à bouts de force d’avoir été patiente alors que je suis presque tout le temps excédée, je sais plus trop la différence entre patience et endurance. Alors j’essaie de retrouver ce qui me fait du bien, celle que je suis vraiment au coeur de tout. En hiver je mijote des soupes, des ragoûts, du bouillon, l’été je lézarde sur mon balcon avec une salade de pêches ou un cidre. Je pars en Cornouailles flotter dans la mer et manger des scones. J’écoute les oiseaux, je regarde les gens dans leurs voitures à la fenêtre qui chantent ou qui mangent leurs crottes de nez, je fais des palettes de couleurs pour meubler chaque pièce, je fais du crochet au parc, je ferme tous les volets pour me protéger de la chaleur qui rend la vie encore plus lente. Je me laisse flotter en attendant que la vie trop rapide qui ne laisse pas le temps de penser revienne, plus vite qu’elle ne le devrait.
Et puis après tout, c’est bientôt la saison des confitures.
Pour la salade de pêche, je fais bouillir les pêches pour enlever facilement la peau, je les coupe avec des tomates et j’ajoute de l’ail, de l’oignon rouge, de l’halloumi en tranches revenu à la poêle. de la sauce poisson, de la sauce soja, un jalapeno, un demi citron vert pressé et du miel.

